Baluchon voilier
VOYAGE DE BALUCHON SUITE
L' alizé redevient mon ami et me pousse tranquillement vers l'archipel des Galapagos et vers l'hémisphère sud (en fait je n'ai pas l'intention de m'arrêter aux Galapagos où les autorisations d'escales sont fastidieuses, mais ça fait tout de même un point de chute en cas de problème)
Après dix jours de nave pépère, je rencontre la difficulté majeure de la traversée: le pot au noir, c'est une zone carrément merdique situé au niveau de l'équateur qui délimite les alizés de l'hémisphère Nord et les alizés de l'hémisphère Sud (les intellos appellent ça la ZIC zone intertropicale de convergences) ; les vents y sont très faibles et de directions variables accompagnés souvent de grains assez violents, au temps de la marine à voile c'était le cauchemar des marins, on pouvait y rester encalminé des semaines, de nos jours le pot au noir ne dérange plus grand monde, un bon coup de moteur et quelques dizaines de litres de gas-oil et hop l'affaire est réglée, il n'y a plus guère que pour les coureurs au large et pour certains hurluberlus qui n'ont pas de moteur où les difficultés sont encore présentes.
 
Finalement je m'en démerde pas trop mal de cet enquiquineur de pot au noir mais il faut être vigilant tout le temps pour ne pas se faire surprendre par un de ces fameux grains qui peuvent descendre le mat ou déchirer la voile en un rien de temps ce qui serait fâcheux pour le reste du voyage. Au bout d'à peine trois jours à la barre sans pratiquement dormir, je passe sous un magnifique double arc en ciel complet, porte de l'hémisphère sud et des alizés du même nom, je vois déjà la Polynésie et les vahinés me faire des grands signes, je suis à deux doigts de me faire dessus tellement j'ai la banane.
En fait dès les premiers jours, les difficultés commencent, le pacifique et l'hémisphère Sud ça se mérite quand même un peu, je commence à avoir gravement besoin de sommeil, mais je me fais enquiquiner pendant pratiquement deux jours par une flotte de pêche qui n'arrête pas d'écumer la mer dans tous les sens, m'obligeant à manœuvrer sans cesse pour les éviter, y'a vraiment pas moyen d'être peinard, si c'était pour retrouver ça, j'aurais mieux fait de rester naviguer en Manche ! Les bateaux pissent la rouille de partout, certains n'ont pas de signal AIS et mettent à l'eau d'immenses filets munis de bouées lumineuses, je pense qu'il s'agit d'une flottille de chalutiers Chinois mais ça pourrait ê
tre tout aussi bien des chalutiers péruviens ou équatoriens. 

Quelle horreur ! J'ai dû m'endormir, mon Baluchon est couché sur le sable, j'ai beau le pousser de toutes mes forces, il ne bouge pas d'un centimètre, il est tout bonnement échoué, j'aperçois deux silhouettes sur la plage, je fais des grands signes pour demander de l'aide, vu les circonstances j'aurais bien aimé trouver deux rugbymen, mais en l'occurrence c'est deux superbes filles en maillot de bain, l'une a un fusil harpon sur l'épaule et l'autre tient un balaise de poisson au bout du bras, je leur explique en polonais que j'aimerais bien qu'elles m'aident à pousser mon bateau, avant de m'apercevoir que je ne parle pas Polonais et qu'il est peu probable qu'elles le comprennent en retour, je me remet à pousser le bateau avec l'espoir qu'elles comprendrons ce que j'attends d'elles. C'est alors que la fille au harpon me prend par la main et m' entraîne vers les dunes toutes proches, sa copine me sourit et me fait un clin d'œil comme si j'étais le plus beau mec du monde (rien que là ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille) on se dirige ensuite tous les trois vers une sorte village composé de huttes d'où sort des dizaines d'autres filles tout aussi bien gaulées que mes deux guides, ho la vache !
Au centre du village, la fille qui me tenait la main m'attache à un poteau qui devait se trouver là par hasard, toutes les filles se mettent alors à m'observer, certaines me prennent en photo avec leurs smartphones où est dessiné un étrange symbole, une sorte de pomme à moitié croquée, l'une des filles, vêtue d'un tee-shirt rose bonbon où il est inscrit shoping avec des paillettes me regarde comme si elle allait me dévorer tout en faisant des bulles avec son chewing-gum et en tournicotant une de ses couettes avec son doigt, je ne sais pas pourquoi mais je commence à avoir très très chaud. Puis l'ensemble des filles se mettent à chanter une sorte de complainte et commencent à tourner en rond autour de moi.
 
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Mon sourire jusque là béat commence à baisser légèrement, d'autant que je m'aperçois que je suis attaché super serré et que ça va pas être facile de se sortir de ce merdier...
C'est alors que je me réveille en sursaut, il me faut pas mal de temps pour comprendre que je ne suis pas sur une île avec des filles super canon en maillot de bain mais à l'intérieur de mon bateau qui danse la danse de Saint Guy au beau milieu du pacifique, je hisse la tête dans un demi sommeil par le capot pour voir: plus de chinois en vue, tout va pour le mieux.

Les jours se suivent ensuite milles après milles en père peinard sans incident notoire , je repense quelques fois avec nostalgie à l'île au filles, le reste du temps je lis, j'écoute de la musique et des podcasts, c'est pas vraiment la vie de galérien.
Mais je constate quand même que jours après jours la distance parcourue quotidiennement diminue de plus en plus, ça me contrarie un peu, en me baissant par dessus bord je m'aperçois que la coque en entièrement recouverte d’anatifes une sorte de mollusque caoutchouteux très dur à décoller, Doux jésus ! ni une ni deux j'enroule la voile, enfile mon masque et mon tuba et plonge pour gratter toutes ces horreurs de mollusques, au bout d'une bonne heure d'effort je commence à retrouver une coque à peu près propre, je remonte à bord assez satisfait de moi, et recommence à vaquer à mes petites affaires quand j'entends un peu plus tard un grand coup dans le gouvernail, que passa ? Puis un autre coup, je me penche et je vois un requin qui essaye de chopper quelque chose sous la coque il a l'air très énervé le garçon, il n'est pas immense, dans les 2 mètres tout jaune avec des ailerons blancs, il a l'air de s'intéresser très fort à quelque chose situé sous le bateau mais même moi qui adore nager je n'ai aucune envie de voir de quoi il en retourne, je n'ose même pas imaginer si j'étais tombé nez à nez avec lui pendant ma séance de grattage, finalement je décide que dorénavant je vais éviter de plonger, même si je met quelques jours de plus pour traverser, c'est quand même moins embêtant que d'avoir un bout de bras ou de jambe en moins.

Et puis finalement, comme ça au bout de 44 jours de navigation qui m'a semblé plus ou moins réelle, l'île d'Hiva Oa est apparue un beau matin en plein milieu de l'océan , je me suis demandé sur le coup si c'était bien la réalité (peut-être suite au souvenir d'une certaine autre île) j'ai du mal a croire que j'y suis vraiment, il va me falloir sûrement plusieurs jours avant de redescendre sur terre.
Arrivé au mouillage d'Atuana, je suis super bien accueilli par les autres bateaux, ça fait plusieurs semaines que suite au Corona virus, la Polynésie met les bateaux entrant en quarantaine avec interdiction de descendre à terre pendant 14 jours et interdiction de quitter l'île, une sorte de solidarité s'est mise en place entre les navigateurs confinés, on m'annonce la nouvelle mais on me dit que les mesures sont en train d'être assouplies, on m'apporte de la nourriture ça tombe bien car il ne me restait presque plus rien à manger à bord, des fruits, des œufs de la bière bien fraîche, du chocolat le tout dans le plus joli décor qui puisse être, cette fois c'est sûr je suis bien tombé au paradis et il est bien réel celui là :-)

TRAVERSEE MARQUISE TAHITI
En fait cette toute petite navigation de 780 milles (environ 1500 bornes pour les terriens) n'a pas posé de difficultés à part un passage particulier que je vais essayer d'exposer ici.

On me pose souvent la question pour savoir ce que j'utilise comme moyen de navigation, cette question m'a toujours parue bizarre et de second plan vu que pour traverser un océan il suffit juste de se rendre d'un point A à un point B avec seulement de l'eau de mer entre les deux, de mon point de vue, savoir précisément sa position au beau milieu de nul part ne présente pas beaucoup d'intérêts (en fait j'ai toujours aimé cette sensation que procure le large d'être situé quelque part sans savoir précisément où, une sorte de flou artistique qu'on ne peut évidemment pas se permettre en navigation côtière). 

 
Par pure paresse intellectuelle, je privilégie toujours les solutions les plus simples pour résoudre les problèmes auquel je suis confronté, ce n'est pas neuf comme idée c'est en gros le principe du "rasoir d'Ockam" un truc philosophique qui ne date pas d'hier, c'est un peu avec cet esprit que j'ai construit et que j'essaye de faire naviguer mon bateau. 
Ce principe du rasoir d'Ockam qui en gros se résume à pourquoi faire compliqué quant on peut faire simple s'oppose carrément à la tendance actuelle qui préconise totalement l'inverse. 

Bref pour me positionner en mer j'utilise le GPS de mon téléphone et une appli gratuite avec la cartographie incluse (open cpn) , c'est à mon sens beaucoup plus simple et beaucoup plus économique que d'avoir un traceur GPS ou de de se servir d'un sextant qui implique d'avoir aussi une montre qui donne l'heure exact, des éphémérides de l'année en cours, une calculatrice et aussi des cartes papiers pour reporter son point. 


Jusqu'à Panama je ne me suis en fait jamais vraiment bourré le mou avec ma position, j'allumais le téléphone tous les deux ou trois jours pour voir mon avancement et basta (pour être honnête j'avais à mon départ de Lisbonne une solution de secours avec un ordinateur portable qui n'a évidemment pas tenu le coup des secousses du bateau par la suite).
Mais même si le téléphone était venu à rendre l'âme ça n'aurait pas posé de problème, en suivant juste le soleil
couchant il aurait quand même fallu être un sacré branque pour arriver à louper l'Amérique.

 
Mais pour la première étape du Pacifique par contre là j'ai moins fait mon malin, comme je n'avais pas pour des raisons pratiques la possibilité d'emmener beaucoup d'eau et de nourriture, louper la première île grosse comme une chiure de mouche à 4000 milles de distance risquait d'être assez problématique, je me suis à un moment mis à psychoter grave, d'autant que si jamais je loupais les Marquises, les prochaines îles seraient l'archipel des Tuamotu qui ne sont que des anneaux de corail hyper bas sur l'eau où la mer y déferle de partout et qui sont pratiquement invisible avant d'avoir la quille dessus, qui plus est si on veut s'y arrêter, il faut y entrer par des passes étroites pleines de courants sournois (sans moteur c'est encore plus chaud), et une fois que l'on est à l'intérieur on a une méga impression d'emprisonnement surtout si le mauvais temps vient à se mêler de la partie. À la fin, rien que le mot Tuamotu me faisait super flipper presque à la limite de faire un gros caca nerveux.


Aller visiter ces atolls finalement demandent une navigation bien trop précise pas vraiment faite du tout pour un zigoto tel que moi.

Mais pour partir des Marquises en visant Tahiti on a beau tracer toutes les routes que l'on veut il n'y pas vraiment pas d'autres solutions que de passer en plein milieu de ces atolls dangereux, ce qui signifie que pendant plusieurs jours il ne sera pas question de se la couler douce ni de lire ni d'écouter de la musique ou des podcasts ni même de roupiller tranquillement sans avoir à passer son temps à se préoccuper de sa position.
Tout ça m'a obligé pour une fois de bien préparer ma route sans partir comme d'habitude le nez au vent. 


Un navigateur charitable m'a aussi donné un ancien GPS à main (un grand merci à lui) ou j'ai enregistré les points de slalom entre les atolls ce qui m'a permis de naviguer sans le stress de la panne.

À part ça la navigation a été quand même un véritable plaisir avec de très bonnes moyennes, un vrai régal, j'ai bien contourné prudemment tous les ilots, à la fin je me suis bien foutu de ma propre gueule d'avoir eu si peur de ces maudits atolls.
 
Au niveau lecture, je me suis mis pas trop foulé non plus en me tapant la trilogie de millénium de Stieg Larson, ce qui a provoqué le moment le plus pénible de la traversée, juste au plus fort de l'intrigue, un emmerdeur de bateau de pêche c'est mis juste sur ma route, m'empêchant de finir le bouquin en paix, on peut jamais être tranquille finalement
.

Après pratiquement 8 jours de mer juste au moment de rentrer dans le port de Papeete le vent c'est mis un peu à forcir m'obligeant à tirer des longs bords dans le port de commerce parmi les ferry, les cargos et le remorqueurs qui me faisaient tous des coucous amicaux, même les gendarmes maritime m'ont croisé en me saluant, ça change bien du port de Saint Brieuc avec son contingent de chefaillons toujours près à dégainer le bazooka juste parce qu'un misérable bateau de 4m serait en mesure de gêner je ne sais qui (le règlement c'est le règlement !). 

Arrivée au ponton sans difficulté avec une manœuvre presque parfaite (un des très gros avantages d'un petit bateau), parmis tout un tas de yachts géants offrant un contraste quasi comique avec ma coquille de noix

Papeete est une ville laide et bruyante mais je compte quand même y passer quelques jours histoire de m'y remémorer un séjour que j'y avais fait il y a plusieurs années du temps où j'étais jeune et beau ????
Départ dans quelques jours vers
Moorea pour y retrouver des paysages de cartes postales.

Suite du récit du voyage de Baluche autour du monde très très bientôt yeah... 

 
 
 
 

 
 


 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 



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