Baluchon voilier

RECIT DU VOYAGE DE BALUCHON LE VOILIER DE POCHE

BALUCHON VOILIER

Vidéo Lisbonne/Canaries

TRAVERSEE DE L'ATLANTIQUE

Mardi 5 novembre 2019 port d'Arrecife sur l'ile de Lanzarote , après tous ces mois d'attente, j'ai trop faim de grand large, le bateau est fin près (enfin je pense) il est temps de se lancer. le problème c'est que je suis cantonné tout au fond du port, non pas avec les autres voiliers en partance mais avec les petits bateaux de pêche locaux, ça n'a pas d'importance en soit mais ça me fait une sacrée trotte pour rejoindre la mer à la godille et comme un fait exprès le vent souffle à décorner des taureaux pile poil de l'entrée du port (j'aurais très bien pu trouver facilement un pêcheur pour me remorquer mais ça m'aurait carrément fait mal quelque part) mais ce matin au réveil c'est le calme plat ce qui ne doit arriver qu'une fois par an, c'est sûrement un signe c'est le moment d'y aller.
Après une bonne demi heure de godille, je déroule enfin la voile, LIBÉRÉ! DÉLIVRÉ! aurait gueulé la princesse à la voix aiguë.
Le but du jeu est simple, faire cap vers les îles du cap vert pendant cinq six jours, puis ensuite bifurquer sur tribord en visant un point quelque part à la louche vers les Caraïbes c'est ce qu'on appelle la route des Alizés.
La première journée ce passe plutôt pas mal, même pas un petit mal de mer comme ça m'arrive parfois ça s' annonce bien.
La nuit, le vent se renforce, je laisse Fuerteventura sur tribord, ça gigote pas mal, je m'enferme dans le bateau, au petit matin j'ai un mal de crane d'enfer, et une grosse douleur sur la poitrine, je sors la tête du capot et ni une ni deux je me met à vomir par dessus bord, mais comme je n'ai rien manger la veille évidemment il n'y a rien qui sort et ça fait sacrement mal au bide. Je ne sais pas ce que j'ai mais je suis tout patraque, je pense un moment faire route comme il en est encore temps sur l'île de Gran Canaria sur mon travers, mais une petite voix à l'intérieur de moi me dit qu'il n'en est pas question, on continue vaille que vaille et on ne revient surtout pas en arrière (pff quel tyran cette petite voix!)
Il me faut une bonne partie de la journée pour comprendre que je me fais doucement intoxiquer par mon propre gaz carbonique (et probablement aussi par d'autres gaz corporels) les aérations du bateau sont visiblement insuffisantes juste trois trous de 5cm de diamètres à l'arrière et deux à l'avant ne suffisent pas, il va falloir s'organiser autrement, soit sortir tous les quart d'heure respirer de grandes bouffées d'air et des paquets de mer et rentrer ensuite faire de l'apnée pendant un nouveau quart d'heure ou alors laisser le capot entrouvert et se faire arroser par les vagues toutes le cinq minutes, c'est l'option que je choisi, le reste du voyage risque d'être un peu humide, pour couronner le tout ça secoue tellement que j'ai le corps qui n'arrête pas d'être projeté d'un bords sur l'autre sur ma paillasse faite d'une sorte de nylon très solide mais aussi très abrasif, j'ai la peau comme passée au papier de verre et ça commence à faire mal, il faut agir là aussi rapidement si je veux encore avoir de l’épiderme en arrivant, j'essaye pantalon et sweet pour me protéger mais ça me fait crever de chaud, je recouvre alors le matelas d'un bout de bâche plastique et amarre mon sac à vêtements de mer sur un côté de la couchette pour m'empêcher de valdinguer partout, miracle ça fonctionne parfaitement, même si la bâche plastique ça colle un peu.
Finalement au bout de trois jours de mer je commence enfin à prendre mes marques et à régler un a un les petits problèmes du quotidien, le vent est fort et le bateau avance comme un bolide en dévalant les vagues avec juste un tout petit bout de toile ça fait vraiment plaisir, cependant le roulis est assez terrible, impossible de faire la moindre cuisine y'a pas le choix il faut manger froid.
Le vent fort va durer pendant toute la première semaine puis devenir plus maniable pendant une bonne quinzaine de jours, où la navigation va devenir un vrai régal, le bateau marche tout seul comme un grand et je n'ai rien à faire d'autre que de régler de temps en temps la surface de voilure afin que bateau soit le plus équilibré possible, graisser plusieurs fois par jour le pilote pour éviter qu'il ne fasse son bruit de bébé tricéraptor affamé ce qui m'empêche de dormir, essuyer et garder le plus sec possible l'intérieur du bateau, puis me rincer à mon tour tout le corps, le passer entièrement à l'eau de Cologne, puis me tartiner de crème hydratante et cicatrisante (de la graisse à traire dont l'efficacité tient au miracle, je n'ai pas eu le moindre petit bobo cutané grâce à ce traitement de base deux fois pas jour).
Je peux enfin me faire un peu de cuisine mais ça ça me gonfle en général c'est plus une corvée qu'autre chose , d’ailleurs mon régime ne se compose que d'un sachet de nouilles chinoises ,d'une boîte de thon à l'huile et de quelques biscuits par jour et ça le fait très bien, je prend aussi une gélule de complément alimentaire.
Le reste du temps je lis, je dessine des bateaux, j'écoute des podcasts de radio, de la musique, je médite sur des projets futurs, bref c'est le paradis, personne pour me dire ce que je dois faire sur des milles à la ronde ce qui n'arrive pas si souvent finalement, le voyage pourrait très bien durer des mois que ça ne me dérangerait pas plus que ça.
En réalité ce n'est pas si simple, le bateau marche tellement bien, que j'en deviens un peu zinzin, une part de moi n'arrête pas de calculer le jour de mon arrivée comme si j'avais l'intention de battre un record, histoire peut être de montrer aux autres que mon bateau n'est pas aussi ridicule qu'il n'en a l'air, tu parles d'un solitaire! j'ai simplement conçu et construit ce bateau pour me faire plaisir à moi même, je n'ai absolument rien à prouver à qui que ce soit, pourquoi avoir ce comportement moi qui n'a jamais eu le moindre esprit de compétition?
Le problème aurait très bien pût n'être qu'un problème mineur si au bout du vingt cinquième jour de quasi extase avec des moyennes à plus de cent milles par jour ce qui pour un bateau de 4m est tout à fait honorable, le vent vira au sud puis faibli petit à petit jusqu’à devenir nul, la mer devint plate comme un miroir et mon brave Baluchon reste scotché pendant près d'une journée entière sans pouvoir avancer ne serait ce que de quelques centimètres le tout sous une chaleur infernale, c'est là que j'ai pris conscience du problème, la partie de moi qui n'arrêtait pas de compter les milles se mit presque à disjoncter (et oui zéro nœud de vitesse multiplié par X jours fera toujours zéro) dans mon délire j'imagine même que le vent ne reviendra sans doute jamais que je vais rester là des mois et que la terre entière constatera que ce Baluchon n'est qu'une vulgaire baignoire peinte en rouge, j'ai beau me raisonner en me disant que ça n'a aucune espèce d'importance, qu'en réalité la terre entière s'en fout pas mal de mon bateau, je reste contrarié, une bonne nage et une bonne plâtrée de pâtes à la sauce tomate (a ce moment j'avais furieusement envie d'un œuf sur le plat avec du bacon et une tartine de pain frais, mais je n'avais ni œuf ni bacon ni pain frais ni même une simple poêle) me remettent un peu les idées au clair.
La nuit suivante le vent se lève timidement au Sud Ouest ce qui m'oblige à rectifier mon cap prévu sur la Martinique vers la Guadeloupe, 40 milles dans la journée c'est déjà ça, puis le vent vire au sud en se renforçant un petit peu, je rencontre pas mal de grains et le ciel est de plus en plus sombre, puis pendant toute l'après midi la pluie se met à tomber en déluge le ciel devient tellement noir que les panneaux solaires ne produisent presque plus d'électricité, je coupe tous les circuits y compris le feu de nave pour laisser le maximum de jus au pilote.
27ème jour, le vent d'ouest revient enfin, Baluchon reprend sa route pleine balle mon moral remonte au sommet et j'ai perdu toutes notions de vitesse et de record à la con, Il n'y a plus que de l’adrénaline et du plaisir tout ce qui compte finalement.
29ème jour,dans la matinée j'aperçois une tâche sombre sur l'horizon, la Désirade puis dans l'après-midi la Guadeloupe, fin merveilleuse de la deuxième étape du voyage vers l'ouest du Baluchon.

GUADELOUPE PANANA

15 février 2020 départ de la Guadeloupe pour Panama, après plus de deux mois d'escale je me suis un peu ramolli du bulbe, il faut décoller coûte que coûte sinon il y a un risque certain de prendre racine et de devenir un vieux gâteux ressassant.

Le ciel est bas, gris et triste on se croirait un week-end de Toussaint en Bretagne (température mise à part), à peine une heure après être sorti du port je me fais surprendre pour un méchant grain, pourtant je l'avais bien vu venir le saligot, j’avais réduit la voilure à juste un tout petit triangle, mais paf! Je me fait coucher violemment sous un déluge de pluie à deux pas d'un récif, entouré de casiers de pécheur et enfermé à l’intérieur du bateau où il fait une chaleur insupportable, j'ai même un début de mal de mer, ça commence bien ! ça m'a rappelé tout à coup qu'en fait je n'aime pas trop la navigation côtière.

Finalement dés le canal des Saintes passé et l'entrée dans la mer des Caraïbes tout s’arrange, l'alizé souffle juste ce qu'il faut et la mer est belle, le lendemain de mon départ, la Guadeloupe n'est plus qu'un petit nuage noir loin derrière, le ciel est maintenant tout bleu et la mer belle, il n'y a plus qu'a faire cap à l'ouest

J'aurais bien aimé dire que la suite de la traversée à été une succession de terribles tempêtes, de casses que j'ai pu réparer au prix d'intenses efforts, mais même pas, ça a été pratiquement une croisière de petit vieux, j'ai passé mon temps à dessiner des petits bateaux et à lire, la seule difficulté finalement à été de finir le Kafka que j'avais commencé lors de la transat c'est ennuyeux et chiant comme l’Himalaya, ensuite je me suis fait deux Houellebecq très cynique mais quand même très drôle, mais les Houellebecq c'est comme les gâteaux à la crème , deux de suite ça devient écœurant, j'ai terminé la traversée par un bon Jorn Riel (mon auteur favori) suivi d'un polar d'Ed Mc Bain

La seule chose vraiment étonnante que me soit arrivé s'est passée un jour que je sortait la tête par le capot pour prendre l'air quand j’ai aperçu juste devant l'étrave un bocal de nescafé flottant sur l'eau, la mer était d'un calme parfait et le bocal passa juste à portée de main, je réussis à l'attraper en me penchant par dessus bord, ça devait faire un certain temps déjà qu'il devait dériver car il y avait quatre gros coquillages en forme de doigt qui poussaient par en dessous, sur le coup j'étais assez fier de moi car, à mon échelle j'allais participer à la dépollution de l’océan en ramenant ce déchet à terre, mais l’intérieur du bocal ne contenait pas du café soluble comme on aurait pu logiquement s'y attendre mais un sachet de je ne sais quoi qui après ouverture s'est avéré être du cannabis, pendant plusieurs heures je me suis demandé comment un tel bocal pouvait s'être retrouvé ici au beau milieu de la mer des Caraïbes transformé en passeur de produits stupéfiants, finalement après réflexion, le scénario le plus plausible devait certainement être qu'un skipper un peu psycho-rigide et très tendu (ça se croise quelquefois je suppose) a dû, un beau jour, prendre un équipier dilettante très détendu (ça se croise très très souvent aussi) qui pour se détendre encore plus avait emmené avec lui un bon paquet d’herbe. Alors que l'équipier détendu se faisait un gros pète bien tranquilou pendant son quart, le skipper psycho rigide l'a découvert, s'est mis en colère et a balancé le joli pot de nescafé qui accompagnait l'équipier depuis de nombreuses années par dessus bord, très énervé, l’équipier a vu rouge et s'est d'un seul coup senti très tendu, l'équipier et le skipper en sont venu rapidement aux mains, le skipper plus âgé a chuté, s'est fracassé le crâne en tombant dans la descente et en est mort sur le coup, pris de panique l'équipier n'a plus eu d'autre choix que de dépecer le corps du skipper afin de distribuer sa carcasse aux poissons, avant de mettre le cap sur Haiti où il a malheureusement été capturé par un gang de rappeurs vaudou, qui l'ont transformé en Zombie et l'ont ensuite vendu dans une plantation de guimauve appartenant à la mafia Ougandaise où il travaillera pendant le restant de ses jours.

En comprenant ça, je me suis évidemment mis à avoir très peur sur les conséquences d'avoir un truc pareil à bord, du coup j'ai balancé toute l'herbe par dessus bord et coulé le bocal en espérant ne pas être inquiété par les rappeurs vaudou et la mafia Ougandaise, je l'ai encore une fois échappé belle!

 

Mis à part cet épisode tragique, le reste de la croisière a été vraiment calme et sans histoire jusqu'à l'approche de la côte Panaméenne ou des dizaines de cargos (alors que je n'en avais aperçu qu'un seul durant la traversée) sont apparu de partout m’empêchant de dormir en m'obligeant à slalomer constamment pour éviter les collisions, ça m'a rappelé tout à coup qu'en fait je n'aime pas trop la navigation côtière.

Arrivée à la marina de Shelter bay sans problème avec une manœuvre d'accostage à la voile quasiment parfaite (un coup de chance car d'habitude ça cafouille toujours un peu quand même) l'endroit est super et je suis bien content de ma pomme et d'être ici, jusqu'au moment d'entrer à la capitainerie ou l'on m'annonce le tarif exorbitant qui me fait presque tomber par terre (en plus la facturation commence à partir de 30 pieds alors que je n'en fait que 13) ça me file immédiatement un sacré coup de bambou au moral, même le service d'immigration me demande un billet pour tamponner mes papiers d'arrivée, c'est la grosse arnaque on me prend sûrement pour un américain sur son gros yacht, j'avais prévu un peu de temps pour réfléchir à un moyen pour gagner tranquillement la côte pacifique mais là il n'y a pas vraiment le choix, il va falloir dégager et reprendre la mer très très rapidement...LA SUITE AU PROCHAIN EPISODE BALUCHON DANS LE PACIFIQUE

PASSAGE DU CANAL DE PANAMA
 

Ça y est j'y suis presque, le pacifique est tout proche, la traversée de l'isthme par la route a été un peu stressante car la remorque est rafistolée de partout, un des pneus est à plat ce qui n'est pas
vraiment adapté à l'état complètement pourri des routes, mais bon ça l'a fait, le chauffeur qui ne décroche pas un mot garde son flegme,l'auto radio braille à fond de la musique latino.
Pour la mise à l'eau c'est assez radical, mon chauffeur qui était jusqu'à présent tout calme recule à toute vitesse sur la cale, la remorque est entièrement dans l'eau mais aussi presque la moitié du pick up, (je ne sais pas trop si c'est très bon de faire prendre un bain de mer à des voitures même à des Toyota) bref Baluchon retrouve son élément, ce n'est pas encore vraiment le pacifique c'est l'estuaire mais on aperçoit un peu plus loin un immense pont qui doit marqué le point de départ de l'océan

C'est marrée haute, avec un gros coef, il y'a plus de deux nœuds de courant qui m’emmène tranquillement vers le mouillage de Balboa, je donne juste quelques coups de godilles de temps en temps pour la forme mais globalement c'est le courant qui me pousse, j’évite soigneusement de passer les bouées du chenal, où c'est un balai incessant de remorqueurs et de cargos qui passent dans tous les sens.
Enfin je passe sous ce fameux pont ça y est j'y suis presque, j’aperçois des voiliers au mouillage c'est là que je compte passer la nuit, tout à coup une vedette rapide de police arrive pleine balle vers moi, un flic me gueule un truc en espagnol, je capte pas et je fais ce que je sais le mieux faire dans la vie, je fais le benêt innocent, ça marche très souvent mais là ça énerve visiblement l'autre policier qui me hurle en anglais de prendre ma vhf ! ma quoi ? J'ai pas de truc comme ça à bord ! C'est obligatoire dans le canal qu'il me crit, (c'est là que je me dis que le coup du benêt ça va pas trop marcher cette fois) en fait j'ai bien un vhf portable au fond de mon sac de sécurité, mais la batterie est naze, je sors quand même l'engin et montre que j'ai bien une vhf tout comme les autres vrais
bateaux, je fais même semblant d'écouter dedans pour montrer que je suis un marin sérieux, ça à l'air de calmer les deux flics du bord, ils me demandent d’où je viens et où je vais comme ça, je leur explique en utilisant mon plus mauvais anglais (plus mauvais que mon meilleur anglais qui est vraiment très faible) je continu tranquillement ma route à la barre, poussé par le courant, le
mouillage n'est plus qu'a deux cent mètres, un des deux flics qui pourrait facilement jouer dans une série américaine tellement il est caricaturale me demande mon passeport, je lui donne, le mouilla
ge
n'est plus qu'a 150 mètres, les deux lascars étudient mon passeport, je leur souris niaisement OK STOP YOUR ENGINE ! qu'ils me disent hey mais j'ai pas de moteur !

Les mecs ouvrent une gueule pas possible, l'un d'eux hurle C'EST OBLIGATOIRE D'AVOIR UN MOTEUR DANS LE CANAL ! Le mouillage n'est plus qu'a 100 mètres, la vedette m'accoste sans
ménagement, les flics me prennent les amarres et me remorque, c'est un peu brutal certes mais sur le moment je pense naïvement qu'il vont m'emmener sur une des bouées de mouillage, sympa quand même !
Et bien pas du tout la vedette démarre en trombe et fait demi tour, le pauvre baluchon rebondi sur la coque de la vedette, les amarres couinent , je suis remorqué pleine balle vers une zone
militaire située de l'autre coté du canal, sur le trajet les gars me redemandent trois ou quatre fois mon passeport et si j'ai des armes à bord, mais aussi les papiers du bateau, bien sûr j'ai des papiers
pour le bateau mais c'est une simple carte de navigation côtière mais ça il ne sont pas censé le savoir, et comme je suis prêt de la côte...).
Arrivé à la base, c'est assez folklo une dizaine de militaires sont là en uniforme mais contrairement aux deux flics qui ressemble plus à des bouledogue, ils ne font pas peur du tout, la moyenne d'age
doit être de 18 ans il me prennent tous en photo avec leur portable et rigolent entre eux, un si petit bateau ils en ont sûrement jamais vu, les flics de leur coté se détendent en peu mais c'est pas encore
la franche rigolade, il me demande encore une fois si j'ai des armes a bord, je répond pas d'armes pas de cigarettes pas d'alcool j'ai failli rajouter pas de prostitués mais comme je ne maîtrise pas encore très bien l'humour panaméen, je m'abstiens.
On attend comme ça une bonne heure, je me fais tranquillement un thé pendant que tout le monde palabre sur la vedette à couple, je ne sais pas ce qu'ils attendent, j’attends par solidarité avec eux.
OK, on va fouiller votre bateau dit un des flic, oui sans problème que je répond, j'ai un peu de mal à garder mon sérieux quand même.

Je commence enfin à comprendre pourquoi ça mettait tant de temps, personne ne voulait rentrer dans un si petit bateau pour l'inspecter, du coup ils ont dû jouer une partie de carte pour designer lequel des jeunes militaires aurait le privilège de monter à bord, pas de bol pour lui c'est les plus grand qui a perdu et qui se tape la corvée d’inspection, il met des gants en plastique et un masque et rentre tant bien que mal dans le bateau, je suis plié rire en voyant se grand lascar d'1,90 m en train d'essayé d'ouvrir tous les containers de bouffe, je n'ose pas prendre une photo mais c'est vraiment très drôle, j'essaye de regarder ailleurs pour ne pas éclater de rire mais les flics m'ordonnent quasiment la main sur le flingue de regarder (ça doit être une sorte de procédure je suppose) pour
rajouter du cocasse à la situation les remorqueurs qui passent sans cesse à fond dans le canal font des vagues courtes et brutales, le pauvre baluchon n' arrête pas de gigoter en rebondissant sur la
coque de la vedette, j’espère que mon inspecteur ne va pas avoir le mal de mer et me faire des gros pâtés partout.

Après dix bonnes minutes mon lascar sort enfin du bateau, ses copains se marrent comme des baleines et le prennent en photo, lui il a le sourire jusqu'au lèvres d'être enfin sorti.
Mais les deux flics eux ne rigolent pas vraiment (ça doit être dans leur nature) ils m'explique qu'ils vont me ramener là ou mon bateau à été mis à l'eau et que je dois trouver une remorque pour me
déposer plus loin vers l'océan, je fais semblant de ne pas trop comprendre.
Il fait maintenant nuit, je suis remorqué toujours pleine balle vers la cale de mise à l'eau, où j'ai obligation de jeter l'ancre.
Je passe un début de nuit un peu secoué, les remorqueurs font des vagues gigantesques, baluchon roule comme un fou. Mais je finis par m'échouer (5m de marnage c'est presque comme à la maison)
dans un confortable fond de vase, le bateau devient super stable j'en profite pour mater et installer toutes les manœuvres.

Au petit matin, je décide d'aller à terre pour me signaler comme si de rien était au flic qui gère la mise à l'eau des bateaux, j'y vais à la nage dès que je met un pied sur la rive, je tombe sur un énorme
panneau signalant qu'il est interdit de se baigner à cause des crocodiles glupps.
Je tombe sur une petite fliquette bien charmante qui m'autorise verbalement à prendre la mer (c'est assez dingue je trouve, il y'a des policiers partout au Panama pourtant c'est un des pays les moins
sûr du monde) bref je regagne mon bord et remonte l'ancre en espérant ne pas rencontrer de nouveaux mes copains les cow-boys du canal.
Après une petite nave d'une heure en serrant un peu les fesses, j'arrive enfin aux bouées du yacht club de Balboa, heureusement pour moi, les cow-boys devaient faire la grasse mat je n'ai pas été
embêté, maintenant je suis enfin aux portes du pacifique.

TRAVERSEE PANAMA MARQUISES
15 mars 2020, je commence à en avoir ma claque du Panama, en plus de m'avoir complètement séché avec leurs tarifs pour millionnaires, c'est une galère sans nom pour avoir le Check-out et la clearance permettant de pouvoir sortir enfin du pays. à cause du corona virus, les services portuaires et d'immigration ne délivrent plus rien (à part bien sûr de lâcher un bon billet, en ce cas, un fonctionnaire bien gras emprunte le tampon du bureau et viens au bar d'à côté te faire les papiers illégaux et anti datés (en plus il faut lui payer une Corona au passage)) je ne suis décidément vraiment pas fait pour ça, je décide de mettre les voiles en mode pirate sans autorisation advienne que pourra...
Je serre un peu les fesses quand même en quittant le mouillage, il y a la police du canal qui patrouille sans arrêt et j'aimerais bien ne pas avoir affaire à eux une nouvelle fois, j'essaie de me faire le plus petit possible (c'est pas dur je sais) c'est plus fort que moi mais dès que j'entends le bruit d'une vedette rapide je rentre encore plus la tête dans les épaules dans l'espoir d'être encore plus discret (c'est un peu con c'est vrai) Avec très peu de vent, je slalome entre les immenses cargos au mouillage progressant tant bien que mal vers le large et la liberté, en fin de journée, le vent et la nuit me font enfin disparaître du royaume des policiers et des bandits, adios Panama ! à nous deux le Pacifique ! ça fait un bout de temps que j'en rêvais de ce foutu Pacifique, j'ai du mal croire que j'y suis enfin, c'est tout juste si je me sens encore pisser tellement je suis content d'y être.
L' alizé redevient mon ami et me pousse tranquillement vers l'archipel des Galapagos et vers l'hémisphère sud (en fait je n'ai pas l'intention de m'arrêter aux Galapagos où les autorisations d'escales sont fastidieuses, mais ça fait tout de même un point de chute en cas de problème)
Après dix jours de nave pépère, je rencontre la difficulté majeure de la traversée: le pot au noir, c'est une zone carrément merdique situé au niveau de l'équateur qui délimite les alizés de l'hémisphère Nord et les alizés de l'hémisphère Sud (les intellos appellent ça la ZIC zone intertropicale de convergences) ; les vents y sont très faibles et de directions variables accompagnés souvent de grains assez violents, au temps de la marine à voile c'était le cauchemar des marins, on pouvait y rester encalminé des semaines, de nos jours le pot au noir ne dérange plus grand monde, un bon coup de moteur et quelques dizaines de litres de gas-oil et hop l'affaire est réglée, il n'y a plus guère que pour les coureurs au large et pour certains hurluberlus qui n'ont pas de moteur où les difficultés sont encore présentes.
 
Finalement je m'en démerde pas trop mal de cet enquiquineur de pot au noir mais il faut être vigilant tout le temps pour ne pas se faire surprendre par un de ces fameux grains qui peuvent descendre le mat ou déchirer la voile en un rien de temps ce qui serait fâcheux pour le reste du voyage. Au bout d'à peine trois jours à la barre sans pratiquement dormir, je passe sous un magnifique double arc en ciel complet, porte de l'hémisphère sud et des alizés du même nom, je vois déjà la Polynésie et les vahinés me faire des grands signes, je suis à deux doigts de me faire dessus tellement j'ai la banane.
En fait dès les premiers jours, les difficultés commencent, le pacifique et l'hémisphère Sud ça se mérite quand même un peu, je commence à avoir gravement besoin de sommeil, mais je me fais enquiquiner pendant pratiquement deux jours par une flotte de pêche qui n'arrête pas d'écumer la mer dans tous les sens, m'obligeant à manœuvrer sans cesse pour les éviter, y'a vraiment pas moyen d'être peinard, si c'était pour retrouver ça, j'aurais mieux fait de rester naviguer en Manche ! Les bateaux pissent la rouille de partout, certains n'ont pas de signal AIS et mettent à l'eau d'immenses filets munis de bouées lumineuses, je pense qu'il s'agit d'une flottille de chalutiers Chinois mais ça pourrait être tout aussi bien des chalutiers péruviens ou équatoriens. 
 

 
 
 
 

 
 
 
 



Suite du voyage vers le pacifique trés bientôt...

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